Donnée

Débi Kouroumba, Mali - Janvier 2009

J’ai fait plusieurs photographies de cette fille, la mère aura remarqué mon intérêt. A Débécurumba il y a environ 500 habitants, et beaucoup d’enfants. Les familles sont nombreuses, par exemple j’étais hébergé chez Mamadou, il a 2 femmes et 10 enfants de 10 mois à 13 ans. Les maliens sont en majorité musulmans.

La mère de cette fille me choqua profondément lorsqu’elle me proposa d’emmener sa fille avec moi en France. J’étais très mal à l’aise; je comprenais que pour elle s’était une chance que d’aller dans un pays riche et de vivre à l’occidentale. J’étais pourtant préparé à cela car durant tout le trajet pour arriver dans ce petit village j’ai rencontré beaucoup de gens qui exprimaient leur envie de venir travailler en France.

Cependant cet attrait pour les richesses de l’occident, j’essayais toujours d’y répondre en disant qu’il y avait aussi des problèmes. Quelle dualité! Car j’étais touché par la générosité, l’hospitalité, la chaleur humaine, et la facilité de rencontrer et discuter avec tant de personnes. Mais bien entendu la pauvreté et la misère comporte son lot de souffrances, comme les problèmes de santé et l’accès à l’éducation, le chômage et les infrastructures manquantes.

Je ne suis pas très attaché au matériel, je me suis fait une raison après de nombreuses années de précarité. Cependant je représentais à leurs yeux cet occident si attractif, et une opportunité qu’ils ne manquaient pas de saisir pour échapper à leur condition. D’autant plus dans les villes où la télévision exerce son influence. Mais ici à Débécurumba il n’y a pas de télévision, ni d’électricité et d’eau courante, et le goudron est à plus de 30 kilomètres. Comme si j’étais une publicité vivante; ce que je refusais alors complètement. Il est difficile d’échapper lors de rencontres aux projections des désirs, peurs, et souffrances; à ce jeu de miroirs qui éloigne le cœur par ses visions intellectuelles où naissent les fantasmes.

Heureusement c’était au tout début de mon séjour d’un mois chez eux. Mais cela laisse des traces, d’une part et d’autre, des valises plus lourdes que celles que j’avais transporté. Les traces de la culture occidentale qui rayonne à travers le monde; qui éclaire de ses plaisirs consuméristes, et jette dans l’ombre l’amour d’une fille à sa mère.

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