Lettre à Royal

Si d’aventure ce message pouvait – grâce à vous je vous en remercie – parvenir à l’attention de Madame Ségolène Royal.

Madame Royal,

La situation est la suivante ici :

L’argent est roi,
La dette souveraine,
Les peuples déchus,
Très déchus !

Alors s’il vous plaît ne nous vendez pas des chimères.

« La vie – c’est connu – ne dure qu’un instant. Si tu ne sais la grandir, ne la réduit pas. Si tu ne sais la respecter, ne la ridiculise pas. » – Tara, philosophie de l’infini transmise par des griots maliens selon Aly Diallo dans « La révolte du Kòmò »

Or une valeur symbolique est placée à la mesure de toute chose au lieu de garder mesure en toute chose, et sa création demeure dans l’obscurantisme digne de la secte la plus puissante que l’histoire connaisse. Secte pour qui le sang, les larmes, les morts que font les guerres et les conflits sont des sacrifices utiles au pouvoir qu’elle convoite, et qui possède, maudit.

La flamme est réduite comme le pépin indigeste que la merde fertilise à la naissance d’un arbre. Heureusement il y en a des flammes, des pépins non digérés, des merdes, et des arbres dans la vaste forêt que nous formons du simple fait de respirer son oxygène !

Alors que dire que merci, même si ça sent parfois mauvais, puisque l’argent a désormais cette odeur ?

Si vous croyez que c’est de l’argent qu’il faut pour vivre, détrompez-vous, ce n’est pas de l’argent qu’il faut pour vivre, mais respirer, boire, manger, dormir au chaud et au sec, se laver, se blanchir, se soigner, et pas accessoirement mais essentiellement, aimer. Pour tout cela, j’en ai fait l’expérience une quarantaine de jours en partant des matins le ventre vide ; l’argent n’est pas absolument nécessaire. Je peux même affirmer qu’il m’a été plus facile de cesser d’utiliser de l’argent, que cesser de fumer, ce que j’essaye encore de faire à présent.

Je n’ai jamais autant donné ce que j’aime faire qu’à cette période là, libératoire selon mon sentiment. Croquis et galets gravés, on ne m’appelait pas toujours l’artiste, mais on m’appelait.

L’entraide est une absolue nécessité pour les mammifères que nous sommes, respecter l’interdépendance ce n’est pas forcément l’organiser, mais au moins ne pas profaner l’harmonie quant elle est. J’ai une profonde pensée ici, pour un petit village du Mali.

Non, l’argent n’est pas une absolue nécessité, encore une fois j’ai fait par moi-même l’expérience que le croire est faux, et il y a d’autres exemples – quand on fait l’effort de vérifier – de gens qui vivent sans eux-mêmes utiliser de l’argent. Il y a des croyances, des conformismes, un système de croyances et de conformismes qui forment des normes, et il est normal d’utiliser de l’argent ici-bas, c’est un fait. Mais il y a des normes contre-natures, beaucoup trop ! J’en avais déjà marre quand il y avait Malabar…

Un indien chaman d’Amazonie l’a fort bien dit en quelques mots : « le peuple de la marchandise ». Voilà ce que fait de nous l’argent tel qu’il est à ce présent qui passe, il faut qu’on se le dise.

Quelques questions de bon sens :
Est-ce qu’un arbre vend ses fruits ?
Est-ce qu’un oiseau a besoin d’argent ?
Est-ce que tu crois être moins intelligente qu’un arbre ou qu’un oiseau ?

***

En espérant que cela vous rassure au cas où vous craigniez une crise monétaire majeure, comme abandonner l’€uro afin de revenir à un Franc sans usure dès sa création. Il ne me semble pas être « socialiste » d’accepter cette usure comme principe favorable à une minorité et comme moyen de parasiter l’économie, mais plutôt être la trahison de ce que pourrait être le « socialisme », tout comme de ce que pourrait être la « démocratie », comment est la « justice » sinon, un ordre malsain ?

Là est le fond de la réelle crise qui ne nécessite pas de croissance économique, mais au contraire de partager des valeurs humaines telle la sobriété, valeur des plus écologique, qui plus est heureuse dans son partage, et sage dans son respect.

Cordialement,

Cyril Delacour

PS Des mots que rassis : « Qui est mon adversaire ? Il n’a pas de nom, il n’a pas de visage, cet adversaire c’est le monde de la finance » – François Hollande lors d’un discours de campagne présidentielle.

(..)

Le jeudi noir

Combien de temps après que celui dont il est fait référence ici eu été nommé ainsi ?

La référence fait peur, on a tous en tête ces images de misère, ou ces romans qui la décrivent. Les terres appartenant plus que jamais à leurs propriétaires.

Pourtant des paysans, des artisans, des petits commerçants, et tous ces indépendants forment une économie où l’entraide est source d’épanouissement pour tous.

Cependant des guerres, des colonisations, des exodes, des famines, et d’autres calamités marquent encore les esprits telles les peurs de la peste, du choléra, ou Dieu sait quoi encore comme Fukushima et notre ère conditionnée au nucléaire.

Et aussi souvent pour des croyances en des valeurs symboliques, dont une qui s’enracine en presque tout ce qui est vu, entendu, senti, touché, goûté, consommé, et jeté ; l’argent.

Comme elle est présente cette peur attachée à une valeur symbolique utilisée tous les jours, en y travaillant, en y pensant, en voulant en avoir plus, et plus que d’autres en dépenser, pour vivre, mais pas seulement, loin de là.

Ils nous réservent le bonheur dans le prêt, alors qu’il est dans le pré, et qu’eux en sont déjà si loin qu’ils les ont oublié, ces instants heureux si chers.

Les Bourses ont connu un jeudi noir sur liberation.fr