Mila et Doudou en forêt

Pour illustrer mon propos avec cette vérité si chère, je vais vous raconter une petite histoire de rien du tout.

C’était avec Mila, ma fille de quatre ans alors, après le repas du soir, après avoir mangé des pommes de terre nouvelles ramassées proche d’une fraiche tombe, après l’enterrement de Pioupiou, une grive apprivoisée, quelques jours après que Tito le chien d’un ami l’ait croquée alors qu’elle se posait tout proche de son museau après s’être envolée de l’atelier. C’était après que Mila ait apprécié ce repas, après l’avoir goûté, après que je me sois mis en colère quand elle a dit ne pas avoir envie, ne pas aimer.

Elle me demanda si tout ce qu’on aimait était bon pour la santé. Je lui ai répondu que non. J’ai réfléchi un instant et je lui ai répondu que je fumais. Elle m’a répondu spontanément : « c’est comme mon doudou. »

Ainsi elle sait déjà que donner le droit d’exister à un « doudou » auquel on s’attache, c’est mauvais pour la santé. Elle a ensuite perdu son doudou, ce n’était pas un drame car elle a le droit d’exister, elle a le droit de perdre son doudou, du moins son attachement à celui-ci. J’ai le droit de fumer, alors que je peux lire sur mon paquet de tabac « fumer tue » et cultiver, vendre, et taxer le tabac est tout à fait légal pour ceux qui en ont le droit. Je n’ai pas le droit de cultiver mon tabac, et Mila était contente de retrouver son doudou.

Cette vérité si chère, c’est ce que j’ai reconnu de vrai lors de cet échange, pour ce que ma fille exprimait à propos d’elle, et aussi de moi. Pas besoin de faire de longues études de psychologie pour comprendre que dans le fait de fumer, il y a comme une relation affective transférée sur l’objet qui dans ce rôle est mauvais pour la santé, par son manque réel d’affection… humaine, et par sa manière d’affecter la santé par l’attachement à ce plaisir de se voir consumer à petit feu, dépendant, accro.

Laissez-moi vivre, laissez-moi mourir dit un autre en passant presque à ce moment là.

Le droit d’exister, est-ce aussi le droit de tuer ?

Je me pose cette question car quelqu’un m’a affirmé ce « droit de tuer » quand je lui ai posé la question de savoir ce qu’était le droit d’exister. Et en y pensant, je préfère le droit de prendre le temps d’y trouver ce qui y est présent, la vie s’y offrant, car effectivement nous mangeons ce qui était vivant avant de le digérer, mais on n’a pas besoin de se bouffer entre nous.

Je suis très attaché à mon enfant, mais ce lien est malmené, pas parce que Mila est comme mon doudou, mais parce que c’est comme si elle forgeait ma couronne de ses petits bonheurs quotidiens en ma compagnie : je suis heureux quand elle est heureuse, et elle est heureuse quand je suis heureux lorsque nous sommes ensemble !

Mais nous sommes séparés contre nos volontés, par des mensonges.